| Mis à jour le : 6 janvier 2026 |
Oubliez tout ce que vous pensez savoir sur les rivalités sportives. Le Derby della Capitale n’est pas un simple match de football ; c’est une fièvre qui s’empare de Rome, une fracture culturelle, sociale et politique qui divise la Ville Éternelle en deux camps irréconciliables. Diffusé dans plus de 170 pays, ce choc est considéré, à juste titre, comme l’un des plus féroces et passionnés de la planète. Mais pour vraiment comprendre son essence, il faut marcher dans les rues de Rome un jour de match, sentir la tension dans l’air et voir la fierté dans les yeux des tifosi. Ce derby est l’une des plus belles vitrine de la culture foot.
Cette confrontation dépasse de loin les 90 minutes sur le terrain. C’est une question d’identité, d’appartenance, une bataille pour le droit de se vanter dans les bars et les bureaux pour les six prochains mois. Pourquoi une telle intensité? Parce que, historiquement, ni la Roma ni la Lazio n’ont pu durablement contester l’hégémonie des géants du nord comme la Juventus ou l’AC Milan. Le derby est donc devenu leur véritable finale, le match qui sauve une saison, le véritable titre de champion de Rome. Pour saisir cette passion dévorante, il faut plonger dans ses origines, explorer son théâtre, rencontrer ses gladiateurs et revivre ses légendes d’un des derbys les plus chauds du monde.
Les origines d’une haine fraternelle
Pour comprendre la haine, il faut remonter à la naissance. Et dans cette histoire, il y a un aîné et un cadet, dont la création même a scellé le destin de leur rivalité.
La naissance de la Lazio : le club originel (1900)
Tout commence bien avant, le 9 janvier 1900, sur un banc de la Piazza della Libertà. Un groupe de neuf amis, mené par un certain Luigi Bigiarelli, fonde la Società Podistica Lazio. Le nom « Lazio » n’est pas choisi au hasard : il représente toute la région, pas seulement la ville. Les couleurs, le blanc et le bleu ciel (Biancocelesti), sont un hommage à la Grèce, berceau des Jeux Olympiques. L’emblème, un aigle impérial, est une référence directe à la puissance des légions romaines. Dès le départ, la Lazio se veut une institution noble et omnisports.
La création de l’AS Roma : un projet politique (1927)
Vingt-sept ans plus tard, le paysage change radicalement. Le 7 juin 1927, l’Associazione Sportiva Roma voit le jour. Sa création n’a rien d’anodin : elle est orchestrée par Italo Foschi, un ponte du Parti National Fasciste. L’objectif, soutenu par le régime de Mussolini, est de créer un « superclub » à Rome en fusionnant trois équipes de la capitale (Roman, Fortitudo-Pro Roma et Alba-Audace) pour enfin briser la domination des clubs du nord. Les couleurs, le jaune et le rouge (Giallorossi), sont celles de la ville de Rome, affirmant sa vocation à incarner la cité tout entière.
Le « Grand Refus » de 1927 : l’acte fondateur de la rivalité
C’est ici que tout bascule. La Lazio est le seul grand club de Rome à dire « non » à la fusion. Un acte de défi rendu possible par l’intervention du général Giorgio Vaccaro, un membre influent du club, qui argue que la Lazio, en tant qu' »entité morale », ne peut être dissoute. Ce refus est le péché originel de la rivalité. D’un côté, la Lazio se positionne comme l’institution historique, authentique. De l’autre, la Roma est immédiatement perçue par ses détracteurs comme une création « artificielle », née d’une volonté politique. Les supporters de la Lazio se retrouvent alors en minorité, forgeant une mentalité de « seuls contre tous » qui perdure encore aujourd’hui.
Le premier affrontement (1929) : le début des hostilités
La première bataille a lieu le 8 décembre 1929. Sur le terrain du Stadio della Rondinella, la Roma s’impose 1-0 grâce à un but de Rodolfo Volk. Les chroniques de l’époque rapportent que « neuf dixièmes » du stade soutenaient les Giallorossi, donnant l’impression que la Lazio jouait « à l’extérieur » dans sa propre ville. La rivalité était née, et le ton était donné.
Le Stadio Olimpico : le Colisée moderne
Depuis 1953, le théâtre de cette guerre civile sportive est le majestueux Stadio Olimpico. Un lieu unique où deux ennemis jurés partagent la même maison.
Une arène partagée, un territoire contesté
Imaginez devoir partager votre salon avec votre pire ennemi. C’est le quotidien de la Roma et de la Lazio. Cette cohabitation, rare à ce niveau, transforme chaque derby en une lutte acharnée pour la suprématie symbolique. Le jour du match, le stade n’est plus un lieu neutre ; il devient un territoire à conquérir.
Curva Sud (Roma) vs Curva Nord (Lazio) : la géographie de la passion
Le stade se scinde en deux mondes. Au sud, la Curva Sud, le cœur battant de la Roma, où les chants des quartiers populaires résonnent avec une ferveur inégalée. Au nord, la Curva Nord, le bastion de la Lazio, historiquement associée aux quartiers plus aisés. Cette division n’est pas que géographique, elle est le reflet des âmes des deux camps.
Tifos et chorégraphies : l’art de la guerre psychologique
Le spectacle est autant dans les tribunes que sur la pelouse. Pendant des mois, les tifosi préparent des chorégraphies monumentales, les tifos, qui sont de véritables déclarations de guerre visuelles. La Roma exalte la grandeur de l’Empire avec la Louve et des slogans comme « Fils de Rome, capitaines et emblèmes… c’est notre fierté que tu ne pourras jamais avoir ». La Lazio répond en mettant en avant son aigle et son antériorité, clamant « Mon nom est légende ». L’acoustique du stade amplifie chaque chant, transformant l’Olimpico en un véritable Colisée où la bataille sonore est aussi cruciale que le match lui-même.
Sociologie d’une fracture romaine
Pour vraiment comprendre le derby, il faut gratter sous la surface du sport. La rivalité puise sa force dans les fractures profondes de la société romaine.
Giallorossi vs Biancocelesti : une division sociale, politique et géographique
Historiquement, la caricature est simple : la Roma est le club du peuple, de la classe ouvrière, des quartiers du sud et du centre, et politiquement ancrée à gauche. La Lazio, elle, serait le club de la bourgeoisie, des quartiers chics du nord, et politiquement de droite. Si aujourd’hui cette division est moins systématique, elle reste un élément fondamental de la culture du derby et de l’identité que chaque supporter revendique.
La culture Ultra : entre passion dévorante et violence
Les groupes Ultras des deux clubs, comme les Fedayn pour la Roma ou les Irriducibili pour la Lazio, sont parmi les plus influents d’Italie. Leur ferveur est légendaire, mais elle a malheureusement souvent basculé dans la violence. L’histoire du derby est marquée par des drames, comme la mort du supporter laziale Vincenzo Paparelli en 1979, et les agressions à l’arme blanche sont devenues une sinistre « tradition » en marge des matchs.
Focus : l’association de la Lazio à l’extrême droite, mythe ou réalité?
Note d’expert : C’est un sujet complexe qui mérite d’être nuancé. L’idée que la Lazio était « l’équipe de Mussolini » est historiquement fausse ; le régime a même tenté de la faire disparaître en 1927. Cette réputation s’est surtout construite durant les « Années de Plomb » (années 70-80), une période de violence politique extrême en Italie. Alors que la plupart des groupes ultras italiens penchaient à gauche, la Curva Nord a adopté une identité d’extrême droite, en partie par conviction, mais aussi par volonté de se démarquer radicalement de ses rivaux. La politique est devenue une arme dans la rivalité. Bien qu’il s’agisse d’une minorité, son influence sur l’image du club a été, et reste, considérable.
Les gladiateurs de la Ville Éternelle
Certains hommes n’ont pas seulement joué le derby ; ils l’ont incarné.
Les empereurs de la Roma : Totti et De Rossi, les enfants de la ville
Francesco Totti n’est pas un joueur, il est la Roma. Recordman des présences et des buts dans le derby, ses célébrations sont aussi légendaires que ses buts : le t-shirt « Je vous ai encore purgés », le fameux selfie devant la Curva Sud… Il a résumé un jour son approche : « C’est un match que tu essaies toujours de détruire sur le terrain, mais avec le plus grand respect ». À ses côtés, Daniele De Rossi, le « Capitaine Futur », un gladiateur au milieu de terrain dont l’attachement au maillot est si fort qu’après sa retraite, il s’est fait déguiser pour aller voir le derby incognito au milieu des ultras.
Les aigles de la Lazio : Chinaglia et Di Canio, les icônes du défi
Giorgio Chinaglia, l’âme de la Lazio championne en 1974, est célèbre pour son doigt pointé vers la Curva Sud après un but, un geste de défi ultime. Paolo Di Canio, personnage controversé, est une idole pour la Curva Nord. Natif d’un quartier pro-Roma, il a choisi la Lazio par esprit de contradiction et est tristement célèbre pour ses saluts fascistes, qui l’ont consacré comme une icône pour une frange des supporters.
Les autres légendes et les stratèges
Des joueurs comme Vincenzo Montella, auteur d’un quadruplé historique, ou des entraîneurs comme Fabio Capello (Roma) et Sven-Göran Eriksson (Lazio) ont aussi laissé une empreinte indélébile sur ce match, menant des batailles tactiques mémorables.
Moments d’anthologie : les matchs qui ont forgé la légende
Certains derbies ne sont pas de simples matchs. Ce sont des chapitres de l’histoire de Rome.
Le 5-1 de la Roma (2002) : la « Manita » de Montella et le chef-d’œuvre de Totti
Le 10 mars 2002 reste une humiliation suprême pour la Lazio et une jouissance éternelle pour la Roma. Vincenzo Montella inscrit un quadruplé, un exploit jamais réédité. Pour couronner le tout, Francesco Totti marque le cinquième but d’une louche magistrale de l’extérieur de la surface. Un geste d’une insolence et d’un génie purs.
La finale de la Coppa Italia (2013) : le match le plus important de l’histoire
Le 26 mai 2013, pour la première et unique fois, le derby est une finale. Un trophée, une qualification européenne et, surtout, l’éternelle suprématie sont en jeu. La tension est insoutenable. La Lazio l’emporte 1-0 grâce à un but de Senad Lulić à la 71e minute. Pour les Laziali, ce n’est pas une victoire, c’est un triomphe historique. Le chiffre « 71 » est devenu un symbole sacré.
Célébrations et controverses : les gestes pour l’éternité
Le derby, c’est aussi une galerie d’images inoubliables : le selfie de Totti en 2015, un geste mêlant modernité et tradition ; ses t-shirts provocateurs (« Game Over ») ; ou encore les courses et les saluts controversés de Di Canio vers la Curva Sud. Chaque geste est une histoire en soi.
Le derby en chiffres
Parce que même la passion la plus folle peut se lire à travers les chiffres.
Bilan global des confrontations
| Compétition | Matchs Joués | Victoires AS Roma | Victoires S.S. Lazio | Matchs Nuls |
|---|---|---|---|---|
| Serie A | 162 | 57 | 43 | 62 |
| Coppa Italia | 22 | 10 | 8 | 4 |
| Total Officiel | 184 | 67 | 51 | 66 |
Données compilées à date de publication.
Les records individuels
| Meilleurs Buteurs | Joueurs les Plus Capés |
|---|---|
| 1. Francesco Totti (Roma) – 11 buts | 1. Francesco Totti (Roma) – 45 matchs |
| 2. Dino Da Costa (Roma) – 11 buts | 2. Daniele De Rossi (Roma) – 31 matchs |
| 3. Marco Delvecchio (Roma) – 9 buts | 3. Sergio Santarini (Roma) – 25 matchs |
Les 10 derniers résultats
| Date | Compétition | Score Final |
|---|---|---|
| 13/04/2025 | Serie A | Lazio 1 – 1 Roma |
| 05/01/2025 | Serie A | Roma 2 – 0 Lazio |
| 06/04/2024 | Serie A | Roma 1 – 0 Lazio |
| 10/01/2024 | Coppa Italia | Lazio 1 – 0 Roma |
| 12/11/2023 | Serie A | Lazio 0 – 0 Roma |
| 19/03/2023 | Serie A | Lazio 1 – 0 Roma |
| 06/11/2022 | Serie A | Roma 0 – 1 Lazio |
| 20/03/2022 | Serie A | Roma 3 – 0 Lazio |
| 26/09/2021 | Serie A | Lazio 3 – 2 Roma |
| 15/05/2021 | Serie A | Roma 2 – 0 Lazio |
Une rivalité immortelle, miroir de la Ville Éternelle
Au final, le Derby della Capitale est bien plus qu’un simple match de 90 minutes. C’est le miroir d’une ville fière, complexe et éternellement divisée. C’est une pièce de théâtre où se jouent les passions, les frustrations et les espoirs de tout un peuple. Gagner le derby, c’est conquérir Rome, ne serait-ce que pour quelques mois. Et c’est pourquoi, que les deux équipes luttent pour le titre ou pour une place en milieu de tableau, ce match restera à jamais celui qui définit une saison et qui fait battre, plus fort que tout, le cœur de Rome.
Partez à la découverte d’autres derbys mondiaux entrés dans la légende:
- Boca Juniors vs. River Plate (Superclásico)
- Celtic vs. Rangers (Old Firm)
- Fenerbahçe vs. Galatasaray (Le Derby Intercontinental)
- Olympiacos vs. Panathinaïkos (Le Derby des Éternels Ennemis)
- ASSE vs. OL ( Derby du Rhône )





