Vue aérienne du stade Bollaert-Delelis

Bollaert-Delelis : plus qu’un stade, un héritage. Plongée au cœur de la ferveur sang et or

Dans le paysage du football français, certains noms résonnent avec une force particulière. Le stade Bollaert-Delelis est de ceux-là. Chaque week-end de match, une liturgie se met en place. Les chants montent, les tribunes vibrent, et à la mi-temps, un instant quasi-religieux suspend le temps : 38 000 voix, à l’unisson, entonnent « Les Corons« . Ce moment poignant, où beaucoup « retiennent leurs larmes », révèle la véritable nature de ce lieu.

L’expérience Bollaert n’est pas un simple divertissement ; c’est une communion. En chantant collectivement une histoire de labeur, de souffrance et de fierté, les supporters transforment le stade en un lieu de mémoire active. Bollaert-Delelis n’est pas seulement un stade de football ; il est le sanctuaire d’un héritage, le dépositaire de l’âme Sang et Or.

Cet article vous plonge dans ses racines minières, son architecture unique, la ferveur de son public et les exploits qui ont bâti sa légende.

Les fondations : un lien indéfectible avec la mine

Pour comprendre Bollaert, il faut d’abord comprendre d’où il vient. Son histoire n’est pas celle d’un projet immobilier moderne, mais celle d’un monument né de la poussière de charbon, forgé par la sueur et la solidarité d’un peuple. C’est cet ancrage qui lui confère son autorité et sa légitimité uniques en France.

De la fosse au terrain : naissance d’un club ouvrier

Illustration symbolisant le lien entre l'héritage minier du Pas-de-Calais et le stade Bollaert-Delelis du RC Lens.

L’histoire du Racing Club de Lens, fondé en 1906 par de jeunes étudiants, bascule lorsqu’il est adopté par la puissante Compagnie des Mines de Lens. Il devient alors bien plus qu’une équipe : une source de fierté et d’évasion pour les « gueules noires » et leurs familles.

Les valeurs qui régissent la vie au fond de la mine – la solidarité, l’abnégation, la résilience – s’infusent dans l’ADN du club et de ses supporters. C’est cette identité qui fait la force du RCL.

Fait intéressant, les couleurs mythiques « Sang et Or », adoptées dans les années 1920, ne sont pas un hommage au sang des mineurs et à l’or du charbon, comme le veut la légende populaire, mais une référence à la domination espagnole passée sur la région. Un détail qui montre la richesse historique du territoire.

La construction d’un temple par et pour son peuple

La volonté de doter ce club populaire d’une enceinte digne de ce nom émane de la Compagnie des Mines elle-même. En 1931, son directeur, Félix Bollaert, décide de la construction d’un stade. Les travaux, qui débutent en 1932, sont une œuvre éminemment symbolique : ils sont réalisés par des centaines de mineurs réduits au chômage, qui déplacent plus de 80 000 mètres cubes de terre pour ériger ce qui deviendra leur temple. Le stade est inauguré le 18 juin 1933.

Plus tard, au début des années 1970, face à la crise du charbon, les Houillères se désengagent. C’est alors qu’André Delelis, maire emblématique de Lens et ministre, orchestre le rachat du stade par la municipalité en 1974, le sauvant d’un abandon certain. En reconnaissance de leur rôle capital, le stade porte aujourd’hui leur double nom : Bollaert-Delelis.

Un héritage consacré par l’UNESCO

Ce lien entre le stade, le club et son passé minier est si puissant qu’il est aujourd’hui reconnu au plus haut niveau. Lorsque le Bassin Minier du Nord-Pas de Calais a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012, le stade Bollaert-Delelis a été reconnu comme une composante essentielle de cet héritage vivant.

Loin d’être un monument figé, il est un acteur clé de la reconversion du territoire, travaillant en synergie avec le projet phare voisin, le Louvre-Lens, pour transformer un patrimoine industriel en un puissant atout culturel et économique.

Une architecture conçue pour la ferveur

Si l’âme de Bollaert vient de son histoire, sa puissance acoustique vient de sa conception. Son architecture n’est pas un hasard, elle est pensée pour amplifier la passion et intimider l’adversaire. C’est une véritable forteresse sonore.

Un stade « à l’anglaise » au cœur de la cité

L’une des caractéristiques les plus frappantes de Bollaert-Delelis est son architecture dite « à l’anglaise ». Contrairement aux arènes modernes souvent conçues comme un bol unique, Bollaert est composé de quatre tribunes distinctes, droites et proches de la pelouse. Cette configuration crée une formidable caisse de résonance, où les chants enveloppent le terrain.

Son autre grande particularité est sa localisation. Alors que la plupart des grands stades sont exilés en périphérie, Bollaert se dresse fièrement en plein cœur de la ville, renforçant son rôle de point de ralliement.

Anatomie du stade : les 4 tribunes mythiques

Anatomie du stade Bollaert Delelis

Chaque tribune possède une identité propre, baptisée en l’honneur de figures du club :

  • Tribune Marek-Xercès : C’est ici que « bat le cœur de Bollaert ». Sa partie basse, la Marek, est le fief du kop lensois. Fait quasi unique en Europe, ce kop principal est situé dans une tribune latérale, face aux caméras, offrant une vitrine exceptionnelle à la ferveur Sang et Or.
  • Tribune Trannin : La plus ancienne des grandes tribunes, elle accueille traditionnellement les familles, les clubs amateurs et le parcage visiteurs. Sa forme singulière est contrainte par la proximité de la ligne de chemin de fer.
  • Tribune Delacourt : Nommée en hommage à un ancien président des clubs de supporters, elle est également devenue une tribune populaire où le placement est libre et debout à son niveau inférieur.
  • Tribune Lepagnot : Faisant face à la Marek, c’est la tribune présidentielle qui abrite les loges, les espaces VIP et la presse.

Fiche technique et évolutions majeures

Pour rester à la hauteur de sa réputation, Bollaert-Delelis a connu plusieurs mues. Voici ses caractéristiques actuelles :

Caractéristique Détail
Nom officiel Stade Bollaert-Delelis
Inauguration 18 juin 1933
Capacité actuelle 38 223 places (UEFA Catégorie 4)
Affluence record 48 912 spectateurs (15 février 1992, RC Lens – O. Marseille)
Dimensions pelouse 105m x 68m (Surface hybride)
Rénovations majeures 1982-84 (Euro 84), 1995-97 (Mondial 98), 2014-15 (Euro 2016)

L’âme : la voix inébranlable du 12ème homme

Un stade n’est rien sans son public. À Lens, cette affirmation prend tout son sens. Le public n’est pas spectateur, il est acteur. C’est lui qui insuffle la vie, la peur et l’espoir dans les murs de Bollaert.

« Au nord, c’étaient les Corons » : l’hymne d’un peuple

Aucun chant en France n’incarne mieux un club que « Les Corons ». Écrite par Pierre Bachelet en 1982, cette chanson raconte avec une poésie poignante la vie des mineurs. Les supporters se l’approprient, mais c’est après le décès du chanteur en 2005 que le chant devient un phénomène.

Depuis, le rituel est immuable : à la mi-temps, les lumières s’éteignent, les téléphones s’allument, et le stade entier entonne cet hymne qui donne la « chair de poule ». C’est un moment de recueillement et de fierté qui transcende le football.

Les gardiens du temple : radioscopie des groupes de supporters

Tifo du groupe de supporters les Red Tigers
Crédit : Radio France – Julien Frenoy

La ferveur de Bollaert est structurée par des groupes de supporters passionnés. Parmi les plus connus, on trouve les Red Tigers 1994 (RT94), considérés comme le moteur de la tribune Marek, le Kop Sang et Or 1993 (KSO), pionniers du mouvement ultra à Lens, les Galiboys et Le 12 Lensois, le groupe officiel le plus important en nombre.

Cette culture est si ancrée que le club a officiellement retiré le maillot floqué du numéro 12 en l’honneur de son public, qui compte pas moins de 29 000 abonnés chaque saison.

« On se croirait à Bollaert ! » : paroles de légendes

La réputation de Bollaert est contée par ceux qui l’ont vécue. L’ancien international Dominique Rocheteau a déclaré : « Le seul équivalent en France de Geoffroy-Guichard, c’est Lens. Populaire, dans le sens non péjoratif« .

Mais la citation la plus mythique vient de l’entraîneur du titre, Daniel Leclercq, lors d’un match de Ligue des Champions à Wembley contre Arsenal en 1998. Submergé par la ferveur des 8 000 Lensois ayant fait le déplacement, il a lâché cette phrase légendaire : « Je ne regarde plus le match. Je regarde les supporters lensois. Il y a 70 000 ou 80 000 personnes dans le stade, mais on se croirait à Bollaert. On est à Bollaert ! »

La légende : théâtre d’exploits historiques

Un stade mythique se doit d’avoir des histoires à raconter. Bollaert a été le décor de soirées inoubliables, de triomphes inattendus et de moments qui ont marqué à jamais le football français.

1998 : l’année du sacre et la ferveur à son zénith

La saison 1997-1998 reste l’apogée de l’histoire du club. Une équipe sans star mais au collectif exceptionnel remporte son premier et unique titre de Champion de France. Si le titre fut acquis à Auxerre, c’est à Bollaert que la légende s’est écrite, avec des victoires mémorables comme un 5-4 fou contre Cannes ou un 5-1 décisif face à Bastia.

La célébration restera dans les annales : les héros ont défilé dans la ville à bord d’une simple benne de camion, une image profondément fidèle à l’identité populaire du club.

Nuits européennes : quand Bollaert faisait trembler les géants

Bollaert a été le théâtre de soirées européennes mémorables. En 1977, en Coupe de l’UEFA, le RC Lens, battu 2-0 à l’aller par la Lazio de Rome, réalise une « remontada » insensée en s’imposant 6-0 après prolongations dans un stade en fusion.

En 1998, le club signe l’un des plus grands exploits du football français en allant battre le grand Arsenal sur la pelouse de Wembley (1-0). L’année suivante, le club atteint les demi-finales de la Coupe de l’UEFA, ne tombant qu’avec les honneurs face à… Arsenal, encore eux.

Terre d’accueil des bleus et des grands événements

Le prestige de Bollaert en fait une terre d’accueil naturelle pour les plus grands événements. L’Équipe de France y est invaincue en neuf rencontres.

Le match le plus emblématique reste le huitième de finale de la Coupe du Monde 1998 contre le Paraguay, remporté 1-0 grâce au but en or de Laurent Blanc, une étape cruciale sur la route de la première étoile.

Le stade a également accueilli des matchs de l’Euro 1984, du Mondial 1998, de la Coupe du Monde de Rugby 2007 et de l’Euro 2016.

stade Bollaert plein
Crédit : but football club

L’expérience : guide pratique pour une immersion sang et or

Vous voulez vivre cette expérience par vous-même ? Voici quelques conseils pour plonger au cœur de Bollaert, que ce soit pour une visite ou un jour de match.

Visiter les coulisses : le « Bollaertour » et l’escape game

Pour découvrir l’envers du décor, l’Office de Tourisme de Lens-Liévin organise le « Bollaertour ». Pendant 1h30, vous pouvez fouler le bord de la pelouse, découvrir les vestiaires et la salle de presse. Les tarifs sont généralement de 12€ pour les adultes et 9€ pour les moins de 18 ans.

Un « Escape Bollaert » est également proposé pour une expérience plus ludique.

Astuce de pro : couplez votre visite avec celle du musée du Louvre-Lens, situé à quelques encablures, pour une journée culture et sport inoubliable.

Vivre un jour de match : conseils et rituels

Vivre un match à Bollaert est une expérience totale. En raison de sa position centrale, il est conseillé d’utiliser les parkings-relais gratuits avec navettes.

Avant d’entrer, le passage par l’une des nombreuses « baraques à frites » sur le parvis est un rituel incontournable. Une fois en tribune, deux moments sont à ne manquer sous aucun prétexte : « La Lensoise », l’hymne local entonné juste avant le coup d’envoi, et bien sûr, « Les Corons » à la mi-temps.

A retenir

Au terme de cette plongée, la conclusion s’impose d’elle-même : le stade Bollaert-Delelis transcende sa fonction première. Il n’est pas seulement une enceinte sportive, mais bien une ancre identitaire pour toute une région. Dans un territoire qui a dû se réinventer après la fin de l’ère minière, le stade est resté un point de repère immuable. Les joueurs, les entraîneurs et les classements changent, mais la ferveur demeure, transmise de génération en génération comme le plus précieux des héritages.

Bollaert-Delelis est la preuve que le patrimoine le plus vibrant n’est pas toujours fait de pierre, mais de passion, de chants et d’une fidélité à toute épreuve, assurant à la légende Sang et Or une flamme éternelle. Il est une des plus belles figures de la culture foot en France.

Crédit photo à la une : https://tourisme-lens.fr/