En Argentine, le football n’est pas un sport, c’est une religion. Les rivalités, appelées « clásicos », sont des événements qui paralysent des villes entières, divisent des familles et définissent l’identité culturelle de quartiers entiers. Ces affrontements sont réputés pour leur intensité, leur passion et une ferveur populaire inégalée dans le monde.
Ces chocs s’inscrivent dans la légende des grands derbys du football mondial. De la lutte des classes du Superclásico à la bataille de quartier de La Plata, voici une plongée au cœur des cinq rivalités qui font brûler l’Argentine.
Boca Juniors vs River Plate : le Superclásico
L’Origine : Peuple contre Millionnaires
C’est le derby le plus célèbre du monde. Il oppose les deux clubs les plus populaires et les plus titrés du pays. Nés tous deux dans le quartier populaire de La Boca, leur rivalité s’est cristallisée lorsque River Plate a déménagé dans le quartier plus huppé de Núñez.
Le Superclásico est devenu une bataille sociologique : Boca, les « Xeneizes », représente le peuple et l’identité immigrée de La Boca. River, « Los Millonarios », incarne une vision du football plus esthétique, « Gustar, Ganar, Golear » (Jouer bien, Gagner, Marquer beaucoup), et une classe sociale plus aisée.
Bilan des Confrontations (Matchs officiels)
| Matchs Joués | Victoires Boca Juniors | Victoires River Plate | Matchs Nuls |
|---|---|---|---|
| 265 | 93 | 88 | 84 |
Moments et Déclarations de Légende
- La « Finale du Siècle » (2018) : L’anecdote ultime. Les deux clubs s’affrontent pour la première fois en finale de la Copa Libertadores. Après le caillassage du bus de Boca par des supporters de River, le match retour est délocalisé à Madrid. River Plate l’emporte 3-1 dans un match historique au Santiago Bernabéu.
- L’Humiliation des « B » (2011) : Lorsque River Plate est relégué en deuxième division pour la première fois de son histoire, les fans de Boca organisent des « cortèges funèbres » dans Buenos Aires, portant des cercueils aux couleurs de River et chantant : « Tu montes et tu descends, comme un ascenseur ».
- Déclaration Culte : « Jouer à La Bombonera (stade de Boca)… le stade ne tremble pas, il palpite. C’est le cœur des supporters qui bat. » – Expression populaire souvent attribuée aux joueurs.
Independiente vs Racing Club : le Clásico de Avellaneda
L’Origine : La Guerre des Voisins
Considérée comme la deuxième plus grande rivalité d’Argentine, son intensité est unique au monde pour une raison simple : les deux stades, le « Libertadores de América » (Independiente) et « El Cilindro » (Racing), ne sont séparés que par 300 mètres.
C’est une rivalité purement géographique et historique entre « El Rojo » (Les Rouges) ou « Diablos Rojos » (Diables Rouges) d’Independiente, et « La Academia » (L’Académie) de Racing. Les deux font partie des « cinq grands » du football argentin.
Bilan des Confrontations (Matchs officiels)
| Matchs Joués | Victoires Independiente | Victoires Racing Club | Matchs Nuls |
|---|---|---|---|
| 237 | 89 | 71 | 77 |
Moments et Déclarations de Légende
- La Relégation de 1983 : Le souvenir le plus douloureux pour Racing. Lors de la dernière journée, Independiente bat Racing 2-0, un résultat qui non seulement sacre Independiente champion, mais envoie officiellement Racing en deuxième division pour la première fois.
- La Goleada Historique (1940) : La plus grande victoire du clásico est un 7-0 infligé par Independiente (alors double champion en titre) à son rival.
- Les Frères Ennemis : La rivalité a été incarnée par les frères Milito. Diego, l’attaquant, idole de Racing, et Gabriel, le défenseur, idole d’Independiente. Ils se sont affrontés sur le terrain, divisant la famille le temps d’un match.
- Déclaration Culte : « Peu importe le classement à la fin, celui qui remporte le clasico a tout gagné. » – Un dicton populaire à Avellaneda.
San Lorenzo vs Huracán : le Clásico Porteño
L’Origine : Le Plus Grand Derby de Quartier au Monde
Nés à un mois d’intervalle en 1908, c’est l’incarnation du « clásico de barrio » (derby de quartier). San Lorenzo vient de Boedo et Huracán de Parque Patricios, des quartiers voisins de Buenos Aires. « El Ciclón » (Le Cyclone, San Lorenzo) s’est nommé ainsi pour s’opposer à « El Globo » (Le Globe / Montgolfière, Huracán). C’est une lutte pour l’identité « Porteño » (habitant de Buenos Aires).
Bilan des Confrontations (Matchs officiels)
| Matchs Joués | Victoires San Lorenzo | Victoires Huracán | Matchs Nuls |
|---|---|---|---|
| 192 | 87 | 48 | 56 |
Moments et Déclarations de Légende
- Le But Volé (1973) : Huracán, avec la meilleure équipe de son histoire dirigée par César Luis Menotti, pouvait être champion au stade de San Lorenzo. Pour éviter cette humiliation, les supporters de San Lorenzo ont d’abord fait suspendre le stade en jetant des projectiles. Quand cela n’a pas suffi, des « barras » sont entrés sur le terrain, ont arraché des mottes de pelouse et ont volé l’un des buts. Le match a dû être déplacé sur terrain neutre (Vélez), où San Lorenzo a gagné 1-0.
- Déclaration Culte : Un célèbre tifo commun, résumant l’esprit du derby, proclamait : « SOMOS CLÁSICO, NO ENEMIGOS » (Nous sommes un derby, pas des ennemis), sous une image des deux mascottes s’enlaçant.
Newell’s Old Boys vs Rosario Central : le Clásico Rosarino
L’Origine : Lépreux contre Canailles
C’est le derby qui divise la ville de Rosario. L’anecdote fondatrice de cette rivalité résume tout. Dans les années 1920, un hôpital local aurait demandé aux deux clubs de jouer un match de charité au profit d’une clinique soignant des lépreux.
- Newell’s Old Boys accepta de jouer. Ils furent dès lors surnommés les « Leprosos » (Les Lépreux).
- Rosario Central refusa. Ils furent alors traités de « Canallas » (Les Canailles / Les Salauds).
Les deux clubs ont fièrement adopté ces insultes comme identité.
Bilan des Confrontations (Matchs officiels)
| Matchs Joués | Victoires Rosario Central | Victoires Newell’s Old Boys | Matchs Nuls |
|---|---|---|---|
| 276 | 96 | 77 | 103 |
Moments et Déclarations de Légende
Cette rivalité a produit des icônes comme Marcelo Bielsa (Newell’s) et Ángel Di María (Rosario Central). En 2025, Di María, revenu dans son club formateur, a marqué un coup franc somptueux pour sceller une victoire dans le clásico, accomplissant une promesse faite aux supporters.
Estudiantes vs Gimnasia : le Clásico Platense
L’Origine : Le Derby de La Plata
C’est la rivalité de la ville de La Plata. Elle oppose Estudiantes, « El Pincha », club réputé pour son succès international (multiple vainqueur de la Copa Libertadores) et son style de jeu rigoureux, à Gimnasia, « El Lobo » (Le Loup), plus ancien mais au palmarès national vierge, portant le poids d’une « malédiction » historique.
Bilan des Confrontations (Matchs officiels)
| Matchs Joués | Victoires Estudiantes | Victoires Gimnasia | Matchs Nuls |
|---|---|---|---|
| 189 | 67 | 51 | 71 |
Moments et Déclarations de Légende
- Le But du Tremblement de Terre (1992) : Le 5 avril 1992, Gimnasia gagne 1-0 sur le terrain d’Estudiantes. Le but est marqué sur coup franc par l’Uruguayen José Perdomo. La célébration des supporters de Gimnasia fut si explosive que l’observatoire astronomique local a enregistré un micro-séisme (0.3 sur l’échelle de Richter). Perdomo gagna le surnom de « Terremoto » (Tremblement de terre).
- L’Humiliation 7-0 (2006) : Le 15 octobre 2006, jour de la fête des mères en Argentine, Estudiantes inflige un 7-0 historique à Gimnasia. Ce match a « changé le cours » de la rivalité, lançant Estudiantes vers le titre de champion cette saison-là et marquant le début d’une décennie de domination totale sur son rival.
Découvrez d’autres rivalités
La passion ne s’arrête pas aux frontières argentines. Explorez les autres grands derbys qui secouent la planète football :
- Les rivalités du football Français
- Les rivalités du football Anglais
- Les rivalités du football Espagnol
- Les rivalités du football Italien
- Les rivalités du football Africain


